DJAFFAR OUAHIOUNE ET KAMEL AIT HAMOUDA, 18 ANS DEJA !

Posté par rcdbrto le 9 mai 2015

Djaffar et KamelLe village de Tassaft Ouguemoun a commémoré le 18ème anniversaire du lâche assassinat des militants RCD, Kamel Ait Hamouda et Djaffer Ouahioune par des terroristes islamistes  le 10 mai 1997. Le village a concocté un programme étalé sur trois jours comprenant des activités culturelles, sportives, conférence, recueillement sur le lieu de l’assassinat avec dépôt de gerbes de fleurs sur les tombes des deux martyrs. De nombreux militants du Rassemblement, parmi eux Hadibi Saadi président du Bureau régional de Tizi Ouzou, des membres de la direction nationale et des élus des différentes assemblées locales, ont fait le déplacement à Tassaft pour honorer la mémoire de leurs valeureux compagnons de lutte.

Pour mémoire, Djaffar a été assassiné le 10 mai 1997, vers 10 heures 30 mn devant ses élèves la craie à la main, par huit terroristes qui se sont introduits tranquillement dans le lycée, les uns en tenue de gendarmes, les autres en tenue militaires accompagnés d’un terroriste en civil tenant un talkie-walkie. Ils l’ont surpris dans la salle de classe 13, il n’a pas eu le temps de réagir bien que son arme ne le quittait jamais, mais au moment de leur intrusion dans la classe son arme était loin de lui. Les terroristes ont pris le temps d’assassiner son compagnon, le jeune Kamel Ait Hamouda avant de prendre la fuite.

Lettre posthume de Hend Sadi à Djaffar Ouahioune

 Jeune, mais déjà ancien militant de la cause amazighe, je t’ai connu au printemps 80. Tu étais alors étudiant à l’université de Tizi-Ouzou. Je ne me souviens pas de notre première rencontre, mais elle a dû avoir lieu tôt, puisque je venais te voir pour préparer la toute première manifestation du 11 mars, au lendemain de l’interdiction de la conférence de Mouloud Mammeri. Impulsion décisive à ce formidable mouvement qui deviendra le printemps berbère. Tu avais résumé l’événement à travers cette saisissante formule en kabyle « Ass n 11 di meγres, i d-nesseγres ». [1]

L’image qui me reste de toi est celle de l’étudiant frondeur et bouillonnant, sillonnant le pays pour propager la contestation. À Alger, les étudiants ne parvenaient pas à tirer leur tract, car le responsable de la reprographie exigeait d’eux une autorisation de son supérieur. Ballottés d’un responsable à l’autre, leur course se terminait invariablement devant la porte cadenassée de la salle de tirage. Arrivé sur les lieux, tu fis sauter le verrou d’un coup de pied, mis en marche la ronéo, et tu tirais le tract sans te soucier davantage d’une quelconque permission. C’était tout toi.

Élève au lycée à Constantine, tu en fus exclu pour des observations impertinentes et répétées en cours d’instruction civique sous Boumédiène. Ayant été ton enseignant, je me souviens n’avoir pas été toujours complaisant avec toi. Mais tu ne m’en as pas tenu rigueur, puisque à l’extérieur des cours, nous nous retrouvions dans la fraternité du combat où plus aucune hiérarchie n’était de mise : tu te souviens de notre arrestation à la gendarmerie de Tassaft ? Nous étions attachés l’un à l’autre par une paire de menottes. Tu découvrais le contact glacial du métal et l’implacable mécanisme qui en faisait resserrer l’étreinte à chaque mouvement indocile. Tu n’avais pas un tempérament à accepter la discipline qu’imposait l’instrument, ton esprit se tournait ailleurs, vers la fenêtre par laquelle tu me proposais de sauter. Mais notre compagnon Arab était, lui, attaché à un lit de ferraille.

De ce jour, il me revient encore la multitude de tes démêlés avec les gendarmes qui ressortaient tous tes dossiers ; il y avait bien sûr les tracts, ceux de Tizi, de Michelet et d’ailleurs, mais aussi une affaire de permis de conduire à Boudouaou, et bien d’autres encore. Tu ne paraissais pas accablé pour autant. Ton aplomb face à eux fut admirable. Le sommet en avait été l’affaire de la perquisition. Sans doute dénoncé par quelqu’un, les gendarmes étaient venus perquisitionner chez toi pour chercher la ronéo de Tafsut. Tu leur avais expliqué que l’opération était risquée : on ne violait pas impunément l’intimité d’une maison kabyle. Et que si l’on en forçait l’entrée, en sortir devenait problématique, surtout vivant.
L’argument les avait convaincus, les gendarmes renoncèrent à leur perquisition et tu échappais à un emprisonnement, car la ronéo était bien là, chez toi !

Tafsut dont tu fus l’un des fondateurs publia dans son premier numéro, un percutant poème « Adrum s weγṛum » [2], que tu signais et où tu fustigeais cette légion de Kabyles de service qui se font les chantres de l’arabisation. «  Ijeṛmḍen », comme tu les appelais, avaient fini par cesser de te poursuivre, d’autres qui en ont revêtu l’uniforme ont pris le relais, semant terreur et barbarie sur leur passage. Mais indomptable dans l’âme, tu ne sauras pas te soumettre à ceux-ci, pas plus que tu ne te soumis aux précédents. Je sais, un sens aussi aiguisé de l’honneur peut prendre des allures de provocations. Il se trouvera même des esprits pour penser secrètement que, ta mort, tu l’as cherchée. Car enfin, pourquoi diable, s’exposer à autant de risques personnels et s’impliquer à ce point dans des problèmes qui, après tout, concernent toute la collectivité ?

Pourquoi ? Parce que tu es de cette race d’hommes, authentiques pionniers, qui empruntent les chemins raides et escarpés, délaissant les sentiers tortueux. Je peux te le dire aujourd’hui Djaffar, tu fais partie de ces quelques figures, avec Mmis n Slimane, ce maçon que j’ai connu autrefois à l’Académie berbère, dont l’engagement dans le même mouvement m’a conforté dans ma conviction. Vous êtes des repères, des guides. C’est le sentiment que j’ai éprouvé en vous retrouvant au RCD.

« Parce que la montagne toute proche ne protège plus le village du sirocco ni des sauterelles », écrivait Mammeri, il se trouve aujourd’hui encore, à deux pas de chez toi, des Kabyles pour promettre de t’arabiser avant l’an 2000. Des tueurs intégristes ne leur en ont pas laissé le temps. Des assassins, peut-être hébergés si près de chez toi, parce que la montagne ne protège plus du sirocco, ni des sauterelles la colline oubliée.

Djaffar, je sais ce que, plus tard, tu me diras là-haut : la prochaine fois, ils ne t’auront pas, tu ne baisseras pas ta garde, même durant ton cours. Non Djaffar, ils ne te soumettront pas, toi dont le meurtre même résonne comme un appel à la résistance pour l’éternité, un appel qui se perpétue depuis la mort de Jugurtha dans une cellule romaine, il y a plus de deux mille ans.
Tu lui diras, là-haut, que les fils du pauvre n’ont pas peur.

Hend Sadi
Liberté mai 1997

[1] (Ce jour du onze mars, nous avons rompu nos entraves)

[2] (Le pain du reniement)

 

Poème de Djaffar dans Tafsut n° 1, 1981.

 ADRUM S WEΓUM

Sγur Ǧaafeṛ At Weḥyun
In Tafsut n° 1, 1981

Yiwen inna-yi d « d-taqjajt »
Nniγ as tameslayt iw am tneqleţ
Zik enni agad k icban
D asemmum i s stebaan
Wten ţ, ḥuzan ţ g-yẓuṛan
S ṛebbi ggulen a ţ qlaan
Nnan iyi d « d-taqjajat »
Ihi, nniγ asen u ad ak iniγ
D ajajiḥ a wen d uγaleγ
Asemmum enni a t sserγeγ
Idamen nnwen a ten ssweγ
Taneqleţ iw a ţ weṛteγ
Akal i s ard a t xedmeγ
Ad-teǧǧuǧeg a ţ ẓṛeγ
D-tin, d-tamaziγt a ţ γreγ

Wayeḍ inna yi d « ur d nrennu ara takna »
Nniγ as ami telliḍ di « la S.A.S. »
Lluγa tebuddeḍ as ṛṛṣas
S tṛumit imi k yuγwas
Tura mi teqwleḍ d ṛṛas
I lluγa tbennuḍ llsas
Tenniḍ d ajgu alemmas
I lluγa d-teǧǧa yemmak ?
Tenniḍ mačči d asalas
Ur ţ id nrennu ara d-takna s
Ihi, tameslayt d-teǧǧa yemmak
Tin akken sliγ ar yemma
D-taqdimt acḥal aya
Uran yes imezwura
Dagi i ţ id-tufa lluγa :
A lwali, anta i d-takna ?

 

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