Réserves de change : le choix de non développement

Posté par rcdbrto le 5 septembre 2011

changes.jpegDepuis deux semaines, le placement des réserves de change du pays fait, enfin, débat dans les colonnes de la presse écrite. Les officiels en poste ont qualifié de judicieux les choix opérés en la matière par les pouvoirs publics; par contre les experts se sont montrés plus circonspects. Ces derniers ont mis en doute et la fiabilité des informations délivrées et l’option prudentielle qui aurait présidé aux différents placements.

En effet, les réserves de change sont-elles de 160 milliards de dollars (ministre des Finances, fin 2010) ? 162 milliards (bulletin n° 13 de la Banque d’Algérie) ? 173,63 milliards (presse financière internationale 2011) ? Une différence de plus de 13 milliards ne pouvant relever d’une simple erreur statistique, c’est à se demander de quelle manière sont gérés ces placements, puisque leur montant exact n’est même pas maitrisé.

De plus, ces observateurs ont rappelé que les autorités algériennes ont choisi pour ces placements la sécurité, sous forme de valeurs d’Etat avec répartition équitable de ces réserves en dollars et en euros, option qui ne serait pas la meilleure. Il est souligné que le taux d’intérêt s’élèverait en gros à 3℅, équivalent aux taux d’inflation mondial.

Par contre, dans cette controverse, aucune proposition ou analyse n’est venue remettre en cause fondamentalement les choix des pouvoirs publics. La critique est superficielle : basée sur une information statistique qui a de tout temps posé problème et tout bilan, à posteriori, reste contestable.

La morosité du débat a, néanmoins, été quelque peu rompue par un expert algérien résidant à l’étranger. Il soutient que les rendements réels de nos placements ne sont que de 1,6℅, bien inférieurs à l’inflation mondiale. Les rendements sont donc négatifs ….l’Algérie perd de l’argent en le prêtant… et si cela peut nous consoler nous ne sommes pas seuls dans ce cas !

Alors, pourquoi un débat aussi morne sur une question cruciale ? C’est qu’il y ‘a volonté de le circonscrire et de le fourvoyer. Les débateurs ont disséqué les méthodes de gestion des pouvoirs publics et n’ont pas eu à juger la nature politique de ces mêmes pouvoirs.

La vraie question a été éludée : pourquoi l’Algérie dispose aujourd’hui de 170 milliards de dollars de réserves de change- un peu plus, un peu moins- ; de quoi couvrir trois années d’importation, alors que la norme est de 3 à 4 mois. De plus, pourquoi ces réserves sont placées à l’extérieur, dans des places financières, alors qu’il existe bien d’autres opportunités en faveur d’une économie nationale émergente ?

En somme, voilà, un pays sensé être en développement et appelé à combler des besoins de financements immenses – en recourant aussi aux apports extérieurs- et qui est réduit à être le créancier des pays les plus nantis !

Les pauvres prêtent aux riches, lesquels les remboursent en monnaie dévalorisée. Par ailleurs, le remboursement par anticipation de notre dette, présenté comme un acte salvateur, est en réalité une opération de dupes. D’autres pays ont obtenu des résultats sensiblement plus avantageux en refusant la précipitation.

Dans leurs écrits, nos experts ne trouvent pas mieux que d’ergoter sur la proportion la plus indiquée pour nos placements en dollars, sur la « note attribuée à l’économie américaine », sur la « relance de la sphère réelle au niveau mondial ». Excusez du peu… De quel poids financier disposons-nous pour prétendre peser sur de tels enjeux ?

Dans ce concert d’unanimisme, quelques voix ont osé s’élever pour affirmer que c’est une erreur que cet argent n’ait pas été investi dans notre économie. Mais, est-ce réellement une erreur ? Pourquoi cela n’a pas été fait, puisqu’il y avait mieux à faire ? C’est à ce niveau que se situe le point nodal d’un débat véritable ; débat qui n’a pas manqué d’être sciemment occulté.

Le vrai est que nos ressources engendrent d’importants surplus financiers en devises. Ces surplus sont soustraits délibérément à l’investissement- notamment à l’investissement en formation très coûteux- puis transférés dans des cagnottes à l’extérieur pour garantir la pérennité du régime. Un trésor de guerre ! Ces surplus vont, notamment, servir au plan interne à entretenir des privilèges exorbitants.

Investir ces surplus pour se développer c’est casser les privilèges, c’est demander aux castes parasitaires de mériter leur salaire… c’est saper le système. Un suicide !

Ne pas investir ne procède pas d’une erreur quelconque ou d’une incompétence ; c’est la conséquence d’une volonté à privilégier les fonctions de pouvoir au détriment du développement.

L’importance des réserves de change n’est pas un signe de richesse, mais traduit un choix de non développement. Et dire que l’Algérie, depuis un demi-siécle, aurait pu se permettre une croissance à deux chiffres supérieure à celle de la Chine. Les autorités s’y sont opposées ; nous en payons les conséquences. A notre actif il n y a ni opulence ni respect de la dignité humaine. L’Algérie digne et forte… c’est remisé ! C’est en ce sens que le débat actuel est fallacieux et trompeur. Beaucoup de bruit pour taire la nature prédatrice du régime et l’impasse dans laquelle il a engagé le pays.

 

les pensées doubles de Caleb |
Mareil Autrement |
Etudiants du lycée Bertran ... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Section du Parti socialiste...
| Le Nouveau Centre Montbard
| MARS Centrafrique