Corruption:Une affaire de famille chez les « BOUTEF »

Posté par rcdbrto le 18 décembre 2010

Wikileaks : « La corruption touche jusqu’aux frères du président Bouteflika »

 Source DNA: Vendredi, 17 Décembre 2010

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Après les Américains, les Français. Dans un câble diplomatique américain classé confidentiel obtenu par Wikileaks et publié par le quotidien espagnol El Pais, l’ex-ambassadeur de France en Algérie, Bernard Bajolet, dresse un tableau noir sur l’Etat de l’Algérie au début de l’année 2008. Ancien ambassadeur à Amman, Sarajevo, Bagdad, Bajolet a servi en Algérie entre août 2006 et juillet 2008 avant d’être nommé coordinateur des services de renseignements à l’Elysée. Nous publions intégralement le câble dans lequel il s’exprime sur l’Algérie au cours d’une rencontre avec l’ambassadeur US à …

Appétit vorace du président Bouteflika pour un troisième mandat, corruption qui a atteint de nouveaux sommets touchant jusqu’aux frères du chef de l’Etat, incapacité du gouvernement à prendre en charge les problèmes des Algériens, partis politiques privés d’espace, menaces terroristes qui planent autant sur les Algériens que sur les étrangers, le diagnostic que l’ambassadeur français a livré à son homologue américaine met en évidence une Algérie instable, des dirigeants qui manquent de vision et une population privée d’assistance.

Ce constat rejoint à peu de choses prés celui que l’ambassadeur américain Robert Ford a fait à la même année, au même mois (janvier 2008), constat dans lequel il note que « l’Algérie est un pays à la dérive, que le peuple algérien est malheureux et que le DRS est méfiant et paranoïaque ». Que dit Bernard Bajolet au cours de cette rencontre qui s’est déroulée le 23 janvier 2008 à l’ambassade US à Alger ?

La France redoute que l’Algérie s’installe progressivement dans l’instabilité. Les Français sont convaincus que le président Bouteflika, 73 ans, révisera la constitution de 1996 pour s’octroyer un troisième mandat. Chose faite en novembre 2008 et Bouteflika a été réélu avec un score digne des années de glaciation soviétique. Que l’armée a donné son accord pour l’amendement de la loi fondamentale mais que cet accord est sous-tendu par l’idée que Bouteflika ne finirait pas son troisième mandat pour des raisons de santé.

Or, les Français sont persuadés que Bouteflika, qui a été opéré en France en décembre 2005 d’un ulcère hémorragique, « jouit d’une bonne santé et qu’il pourrait vivre encore plusieurs années ». Pour autant, l’absence d’une personnalité capable d’assurer la succession du chef de l’Etat constitue une source d’instabilité. Ni Mouloud Hamrouche, ni Ahmed Ouyahi qualifié d’ « apparatchik peu populaire » ne sont en mesure de former une véritable relève, incontestable.

La corruption a atteint de nouveaux sommets, touche jusqu’aux frères de Bouteflika ( Said et Abdelghani) et menace le développement économique du pays. Quant au climat d’affaires, il est tout simplement morose Mais les autorités algériennes, notamment l’ex-ministre de l’Intérieur, Yazid Zerhouni, s’angoissent à l’idée que l’on puisse critiquer publiquement cette morosité. Bref, un pays est frappé d’immobilisme.

Il est tout de même dramatique de voir comment deux ambassades, américaine et française, deux des plus importants partenaires de l’Algérie, dressent deux portraits peu élogieux de l’Algérie, de ses dirigeants, neuf ans après l’arrivée au pouvoir d’Abdelaziz Bouteflika. Alors que ce dernier avait toutes les cartes en main (adhésion d’une large partie de la population, appui de l’armée, stabilité politique, décrue du terrorisme, soutien de la communauté internationale et surtout une santé financière insolente) pour assurer le progrès, la richesse  et le bonheur de son peuple, ces deux mandats sont perçus par ses partenaires étrangers comme de vértibles gâchis. Lisons le mémo.

Le câble classé confidentiel émis le 25 janvier 2008

L’ambassadeur français Bajolet a déclaré à l’ambassadeur le 23 janvier que lui et le gouvernement français redoutent que L’Algérie se dirige progressivement vers plus d’instabilité, mais ils ne voient pas d’autre alternative qu’un troisième mandat pour Bouteflika en 2009. Bajolet, qui a été diplomate à Alger dans les années 1980, a déclaré que l’intérêt stratégique de la France en Algérie est avant tout sa stabilité et son développement économique. Le flux migratoire des Algériens qui fuient leur pays vers la France pèse lourdement sur les sensibilités politiques françaises et, ultimement, sur les liens sociaux entre les deux pays. Le gouvernement français, dit-il, constate qu’aujourd’hui il a  peu de progrès positifs en  Algérie :

Les municipalités, qui sont plus proches de la population, n’ont ni le pouvoir ni les ressources pour répondre aux besoins locaux;

- Le gouvernement est incapable de prendre et d’assumer les décisions difficiles ; Bajolet a qualifié cela de sorte d’immobilisme;

- Les partis politiques bénéficient de peu d’espace et semblent plutôt disposés à faire des coups à court terme et manquent d’une vision politique à long terme;

- L’intérêt que porte le public au système politique a fortement décliné, comme on le voit dans les deux élections de 2007;

- Le climat des affaires est difficile et ne s’améliore pas;  l’investissement et la création d’emplois font défaut (Bajolet a noté qu’une association d’affaires française avait préparé un livre blanc qui détaille les problèmes auxquels se heurtent les entreprises françaises en Algérie et la manière avec laquelle on peut y apporter des solutions. Bajolet a fait observer que le ministre de l’Intérieur Yazid Zerhouni et le gouvernement algérien étaient inquiets à l’idée qu’il soit rendu public.) ;

- La corruption, qui remonte jusqu’aux les frères de Bouteflika,  a atteint un nouveau sommet et interfère dans le développement économique.

Bouteflika et ses ambitions pour un troisième mandat

Bajolet a dit qu’il a compris que l’armée a donné son accord la révision de la constitution pour permettre  à Bouteflika  de se présenter à nouveau aux élections de 2009. Bajolet a déclaré que Bouteflika jouit d’une bonne santé et qu’il pourrait vivre encore plusieurs années. Il a supposé que l’amélioration de l’état de sa santé et son activisme lui ont conféré davantage d’influence sur l’armée. Cela dit, Bajolet était aussi d’avis que le consensus au sein de l’armée pour soutenir un troisième mandat pour Bouteflika découle en partie d’une opinion largement répandue que Bouteflika ne terminera pas son troisième mandat en raison de ses problèmes de santé.

La relation entre l’armée et Bouteflika reste encore difficile. Par exemple, les Français ont conclu que les services de renseignement ont encouragé le ministre des Anciens combattants, Cherif Abbas, à critiquer Sarkozy à la veille de sa visite en Algérie pour provoquer l’annulation du voyage et mettre ainsi  Bouteflika dans l’embarras.

Bajolet dit que les Français sont extrêmement prudents sur ce qu’ils disent aux Algériens à propos de la révision de la constitution qui permettrait à Bouteflika de se présenter à un troisième mandat, élection dont tout le monde comprend qu’il sortira gagnant. Bajolet a senti que les Algériens ont clairement lancé l’idée publiquement à nouveau juste avant la visite de Sarkozy en décembre pour vérifier si le président français allait déconseiller Bouteflika de modifier la constitution. Sarkozy s’est intentionnellement abstenu de le faire.

Bajolet a fait observer que les Français n’ont pas une idée sur le successeur éventuel de Bouteflika. Il a noté que l’ancien Premier ministre, Hamrouche, parle de réformes, mais les Français ne savent pas s’il est effectivement en mesure d’aller vers un programme de réformes. Les Français croient que l’ancien Premier ministre, Ouyahia, est encore un autre apparatchik et jouit de peu de popularité dans le pays. Bajolet a conclu que l’absence d’un  successeur évident, qui pourrait contrecarrer Bouteflika, est source d’instabilité. Par contre, les Français ont décidé que pour eux le meilleur message à livrer est d’être neutres sur la question du troisième mandat de Bouteflika, mais que le gouvernement doit commencer à s’occuper des graves problèmes économiques et politiques de l’Algérie. (Bajolet est particulièrement intéressé par la question de la décentralisation, par exemple.)

Sécurit

Bajolet a exprimé sa vive préoccupation sur la situation sécuritaire et posé de nombreuses questions à propos de notre dernier message d’alerte. Nos recommandations pour les Américains d’éviter les écoles étrangères l’avaient mis dans une situation difficile, a-t-il noté, car il ya deux écoles de langue française officielle à Alger.

Bajolet a affirmé qu’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) semble cibler principalement le gouvernement algérien ainsi que les objectifs étrangers pour mettre les autorités algériennes dans l’embarras. L’Ambassadeur a exprimé son désaccord, faisant valoir que de son point de vue AQMI cible les deux à la fois, mais avec des objectifs différents. Il cible le gouvernement algérien pour le placer dans une situation difficile mais aussi pour se venger des pertes subies par AQMI. Il s’attaque aux étrangers pour les chasser d’Algérie (Et, finalement déstabiliser le gouvernement algérien).

Bajolet a noté que les cibles françaises sont nombreuses, y compris les centres culturels français et les résidences diplomatiques en Algérie. Toutefois, jusqu’à présent, les services de sécurité ont géré effacement les menaces qui pèsent sur les Français et ont, selon lui, tenu les autorités françaises au courant de ces menaces

Commentaire

Bajolet a estimé que les autorités algériennes n’apprécieraient pas qu’on fasse pression de l’extérieur  pour obliger le président Bouteflika à renoncer à l’idée de briguer un troisième mandat. Ce faisant, pensait-il, une pression ne ferait que compliquer le travail avec les Algériens et les Français estiment qu’aujourd’hui ils doivent coopérer avec Alger aussi bien sur le volet sécuritaire qu’économique. Il a admis volontiers qu’en Algérie les perspectives à moyen et à long terme ne sont pas bonnes à moins que les autorités commencent vraiment à stabiliser le système économique et politique. Il n’est pas confiant que cela se fasse, mais il n’a pas une idée précise de ce qu’il faudrait entreprendre pour y remédier.

(Traduction DNA)

 

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